" En tant que vieux baroudeur du syndicalisme agricole, je me dois, à la
veille d'une importante journée d'action syndicale organisée par la FNSEA, de
donner un point de vue sur la situation et d'encourager à une participation
maximum.
Notre civilisation occidentale est parmi les plus confortables au monde, nous
le savons. Mais, parce qu'il y a un mais, elle est aussi parmi celles dont les
inégalités sociales sont de plus en plus flagrantes, les plus injustes. Force
est de reconnaitre que ce n'est pas toujours le cheval qui gagne l'avoine qui la
mange.
L'agriculture est le secteur économique qui a le plus évolué depuis 65 ans.
Elle devrait être la fierté de notre civilisation, au contraire, elle est
pressurée économiquement et parfois matraquée médiatiquement. Nous ne pouvons
que réagir.
En laissant l'agriculture à la merci d'un libéralisme sauvage, notre
civilisation marche sur la tête et va tout droit à la catastrophe parce qu'elle
néglige un principe fondamental de toute société organisée : LA SECURITE
ALIMENTAIRE. Ce terme est à prendre dans le sens quantitatif et qualitatif (avec
les importations aux caractéristiques sanitaires douteuses).
Notre lutte n'est donc pas uniquement professionnelle, elle est aussi
d'intérêt général; une société dont l'agriculture est exsangue est au bord du
cahot.
Le problème n'est pas récent. Les agriculteurs n'ont pas reçu la part qui
leur revenait pour leur contribution à la croissance publique, mais aujourd'hui
le système libéral est en train de les asphyxier purement et simplement, toutes
productions confondues. Nous avons cru à une certaine époque que le pouvoir
politique prenait en compte cette situation; c'était mieux nous berner.
Que chacun se rappelle les déclarations de Fillon au Space de Rennes, il y a
un an ou les déclarations de Sarkozy à Daumeray au Printemps. IL y a la distance
entre les promesses et la réalité.
Prenons un exemple : les promesses de revalorisation des petites retraites
agricoles (puisque les agriculteurs sont parmi les plus mal lotis) se sont
souvent concrétisées pour des broutilles. Sur plus 5 000 dossiers étudiés (il y
a plus de 20 000 retraités anciens exploitants en Mayenne) seuls 51% ont pu
bénéficier de majorations, pour une moyenne de 32 euros et 659 ont perçu moins
de 10 euros. Pour de nombreux retraités agricoles, la faiblesse de leur revenu
est une forme d'exclusion de la société. Après avoir tant travaillé, nous ne
pouvons l'accepter.
Devant cette situation, il n'y a pas 50 solutions; il faut ressortir la
vieille machine qui a toujours fait ses preuves, mais qui avait été remisée
depuis quelques temps : l'action syndicale. La nature des problèmes a changé,
certaines actions conduites par le passé ne sont peut être plus adaptées, il
faut innover, mais ce qui est certain, c'est qu'il faut agir. Les manifestations
de masse ont toujours leur intérêt, c'est pour cela qu'il est de notre devoir
d'y participer. Je dis bien : c'est un devoir. Qui que nous soyons : actifs ou
retraités, il faut dénoncer la situation qui est faite au monde agricole. C'est
pour cela que je participerais à la journée nationale du 16 octobre et que
j'invite tous les agriculteurs, actifs et retraités, à y participer. Participer
sera une chose, mais ensuite il faudra poursuivre l'action par les moyens qui
nous serons proposés par les responsables agricoles. IL ne faut surtout pas
croire que les problèmes que nous vivons peuvent se résoudre par un coup de
baguette magique. N'oublions pas non plus que dans la vie rien n'est jamais
définitivement acquis, et que la lutte fait partie intégrante du maintien de la
vie et du développement.
Dans ce cas, ne pas prendre les moyens de lutter contre le libéralisme
débridé, c'est être d'accord que la loi du plus vicieux soit toujours la
meilleure."