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  25/11/2008
  Dossier lait


Dossier Prix du lait : pourquoi la crise ?

Blocages d'usines, camions de collecte arrêtés, actions en grandes surfaces, depuis quelques semaines les producteurs de lait expriment leur mécontentement  et les manifestations se multiplient à l'appel de leurs fédérations.
A l'origine de cette mobilisation, une mésentente entre les éleveurs et les transformateurs sur l'évolution du prix du lait. Une crise parmi les plus importantes de l'histoire.
Pourquoi cette incompréhension entre les acteurs de la filière ?
D'un coté, une volatilité extrême des marchés liées à la libéralisation du secteur et découlant de la réforme de la PAC de 2003, entraîne aujourd'hui les cours vers le plus bas niveau de leur histoire.
Et de l'autre le constat que le prix du lait en France n'a pas totalement profité de l'embellie de 2007 et une montée sans précédent des charges d'exploitations.

Contexte politique : la dérégulation

En 3 ans, de 2003 à 2006, la plupart des outils de régulation des marchés ont disparus.
Les prix d'intervention ont été réduits de 25% pour le beurre et de 15% pour la poudre. Mais parallèlement, les aides au marché intérieur ont été mises à zéro, de même que les restitutions à l'exportation.

Avant 2003, du fait des soutiens, les cours du beurre étaient autour de 3000 euros/tonne ceux de la poudre, à 2000 euros. Les aides communautaires étaient de 900 euros/tonne pour le beurre " pâtissier " et 700 euros pour la poudre destinée à l'alimentation animale. Les restitutions étaient régulièrement de 1800 euros la tonne de beurre et de 600 à 800 euros la tonne de poudre.
A partir de 2003, le cours du beurre a suivi la baisse du prix d'intervention tandis que la poudre a mieux résisté du fait d'un marché plus porteur.
Le prix du lait en Europe a baissé d'environ 10% en 3 ans.
L'aide compensatoire laitière (ADL) a été découplée en 2006.
Enfin les quotas ont été augmentés rendant moins efficace l'adéquation offre-demande.

Volatilité des marchés

En 2007, des tensions apparaissent. Un prix du lait en baisse depuis plusieurs années n'incite pas les éleveurs européens à produire et les sècheresses de l'hémisphère sud font le reste, alors que la demande mondiale est soutenue. Les marchés se sont tendus à tout rompre. Sans stock, l'Union Européenne a assisté impuissante à l'envolée des prix. Quelques spéculations ont fait le reste. Résultat : du beurre avoisinant les 5000 euros la tonne et de la poudre à près de 4000 euros.

En 2008, scénario inverse, le monde laitier vit aujourd'hui un retournement de tendance sans précédent. Les dernières cotations sont à 2200 euros pour le beurre et à 1500 euros pour la poudre animale. Ainsi la valorisation du beurre-poudre est descendue à 200 euros pour 1000 litres de lait mis en œuvre. Une chute qui ne semble pas encore totalement terminée.

Envolée des charges d'exploitation

Amorcée en 2007, la hausse des charges d'exploitation s'est accentuée en 2008. En un an elles ont augmenté de près de 20%, soit entre 45 et 50 euros pour 1000 litres de lait produits. Ces moyennes recouvrent des écarts importants en fonction des systèmes d'exploitation.

L'épisode DGCCRF

Face au désengagement des pouvoirs publics dans la gestion des marchés laitiers, tous les yeux se sont tournés en France vers l'Interprofession. L'approche du prix du lait était déjà de son ressort et l'on commençait déjà à faire le projet d'un rôle interprofessionnel quant à la problématique des volumes et d'un encadrement contractuel nécessaire à l'issue de la période quotas.
Mais c'était sans compter avec la dure réalité des règles de la concurrence qui, faisant fit de l'intérêt d'un rôle de régulateur confié à l'interprofession, lui ont froidement imposé l'immobilisme au printemps dernier. Une remise en cause qui venait à point nommé dans un contexte de baisse du pouvoir d'achat...
Un instant d'égarement qui a pourtant cassé une dynamique, dont il faut aujourd'hui recoller les morceaux.
Depuis, les Pouvoirs Publics sont revenus sur ce jugement radical et le pouvoir de négociation a été redonné au CNIEL pour le prochain semestre, charge ensuite de mettre en place un nouveau système composé d'indicateurs nationaux à utiliser en interprofession régionale.

Les négociations nationales dans l'impasse

Les négociations nationales sur l'évolution du prix du lait pour les prochains mois ont fait l'objet de 4 réunions en octobre et jusqu'au 4 novembre, date ultime pour l'établissement des bordereaux de paiement des livraisons d'octobre. Les positions des différentes familles étaient particulièrement éloignées.
Côté industriels, la nécessité d'appliquer dès le 4ème trimestre des évolutions plus réactives aux marchés, a conduit la FNIL et la FNCL à proposer des indicateurs très nettement impactés par la conjoncture récente.

Selon eux, l'évolution du prix devait se situer entre -40 et -70 euros/1000 litres au 4ème trimestre 2008 et entre -100 et -120 euros au 1er trimestre 2009.

Impensable pour la FNPL qui se basait sur les indicateurs qui prévalaient jusqu'ici. Ceux-ci donnaient un résultat encore positif au 4ème trimestre (+7 euros) et qui devenaient négatifs au 1er trimestre 2009. De plus, il restait une " réserve " de +27 euros, prélevée au 2ème trimestre 2008, qu'il convenait de réintégrer.

A noter qu'au début des négociations, les simulations liées à ces indicateurs étaient de -45 euros pour le premier trimestre 2009, au fil des semaines, les cours continuant à se dégrader, les simulations sont actuellement de l'ordre de -70 euros.

A l'issue de la réunion du 4 novembre, les positions, bien que s'étant rapprochées, étaient encore très éloignées.

Les propositions des entreprises portent sur une baisse de -30 euros pour le 4ème trimestre assortis d'une flexibilité pouvant aller jusqu'à -15 euros selon le mix-produit. Pour la FNPL, une baisse de -10 euros était un seuil limite.

A ce jour, aucune possibilité d'accord ne semble se dessiner.

Quel prix en octobre ?

En l'absence d'accord, les différentes entreprises ont établi un prix qui s'apparente assez nettement avec les dernières positions de leurs fédérations. L'évolution générale est donc proche de -30 euros/1000 litres. C'est le cas pour Lactalis ou Sodiaal (qui n'appliquent pas de flexibilité). Bongrain a annoncé une baisse de -33 euros, certaines coopératives de l'Ouest seraient entre -35 et -40 euros. Eurial annonce une baisse de -30€ / 1000 litres, avec une flexibilité de 10€ et finalement une rallonge de quotas de 10%.Quant à Entremont, les évolutions seraient de -33 euros à l'Est et -56 euros à l'Ouest. Enfin, les transformateurs spécialisés dans les produits frais, tels que Senoble ou Danone, ont annoncé une baisse de -20 euros.

Quel système d'encadrement du prix à l'avenir ?

Il est fondamental que les négociations pour les mois qui suivent puissent aboutir afin de permettre au Cniel d'élaborer sereinement les indicateurs qui pourraient prévaloir à l'encadrement du prix du lait dans l'avenir.
Pour la FNPL, il conviendra alors aux 3 familles de l'interprofession de se poser les bonnes questions pour que le système ait des chances de tenir dans le temps :

Réactivité ? Rappelons que les indicateurs mis en place en 1997 étaient réactifs. C'est en 2005-2006 que sont apparus des indicateurs calculés sur des moyennes de 12 mois, qui ont amené une certaines lenteur au système. Le principe de réactivité n'est rejeté par aucune des parties.

Amplitude ? Le système de 1997 avait pris le parti d'atténuer l'impact des variations de marché sur celles du prix du lait. Il s'agissait du " lissage ". Pour la FNPL, cette notion reste fondamentale. Elle revêt même une importance accrue dans un contexte de forte volatilité des marchés. En effet, des incidences trop fortes sur le prix du lait peuvent totalement déstabiliser la filière, et ce, jusqu'au consommateur. Un prix du lait qui flambe, et c'est une entorse au pouvoir d'achat. Un prix du lait qui plonge, et c'est le découragement des producteurs.

Flexibilité ? Derrière ce mot, apparu également au cours des années " réforme ", il s'agissait de tenir compte du mix-produit des entreprises. Il est évident que selon les fabrications, les entreprises n'ont pas toutes les mêmes valorisations. Historiquement le prix du lait en France résulte d'une certaine moyenne de valorisation. Avec la réforme, les prix des produits de régulation que sont le beurre et les poudres ont perdu tout repère et sont devenus totalement instables. Il apparait donc difficile de ne pas en tenir compte lorsque les cours sont très hauts ou très bas.

Harmonisation ? Depuis quelques années, un indicateur dit " de compétitivité " avait été mis en place. Il s'agissait d'une certaine convergence entre le prix en France et en Allemagne. Avec l'équivalent d'un litre produit sur trois qui sort de l'hexagone, il y a une certaine logique à ce que le prix en France ne soit pas trop déconnecté de celui pratiqué chez nos principaux clients.

PGC ? Les produits de grande consommation (PGC) écoulés sur le marché français représentent 50% du débouché. De plus, ils représentent la partie la plus valorisée. Leur prise en compte est donc nécessaire, même si, sur une longue période, leur valeur varie peu.

Coûts de production ? Cette notion avait été peu appréhendée dans les précédents systèmes interprofessionnels. Comme pour les PGC, leur évolution était relativement peu significative. Mais la période récente a montré que les charges d'exploitation devenaient également plus volatiles. Le maintien d'une production laitière, répartie sur tout le territoire, nécessite probablement que le rapport prix/charges soit considéré.

Plus généralement, la situation actuelle montre la nécessité d'une gestion globale des volumes permettant ainsi d'adapter l'offre à la demande. Il est essentiel de maintenir des outils de régulation afin d'assurer la valorisation optimale de la production et ainsi obtenir un prix rémunérateur qui devra être défini au niveau national et interprofessionnel. Cette démarche permet également de donner de la lisibilité à long terme pour des jeunes qui souhaitent s'installer.

La filière laitière, filière qui installe le plus de jeunes, tient sa force de son organisation. Il est essentiel de la conserver. Il est donc primordial de maintenir le rôle et la place de l'interprofession et plus spécifiquement dans le cadre des débats sur l'évolution du prix du lait.

Graphiques

Le marché des Produits industriels

 

Les charges d'exploitations

L'évolution du prix moyen à la production

 

Documents attachés au dossier (page accueil du site)

- Modèle de lettre réclamation des 27 €

- Mode d'emploi de la facture rectificative des 27 €

- Modèles de facture rectificative des 27 € pour les mois d'avril, mai et juin

- Modèle de lettre de contestation du prix du lait d'octobre



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