Dossier Prix du lait : pourquoi la crise ?
Blocages d'usines, camions de collecte arrêtés, actions en grandes
surfaces, depuis quelques semaines les producteurs de lait expriment leur
mécontentement et les manifestations se multiplient à l'appel de leurs
fédérations.
A
l'origine de cette mobilisation, une mésentente entre les éleveurs et les
transformateurs sur l'évolution du prix du lait. Une crise parmi les plus
importantes de l'histoire.
Pourquoi cette
incompréhension entre les acteurs de la filière ?
D'un coté, une volatilité extrême des marchés liées à la libéralisation
du secteur et découlant de la réforme de la PAC de 2003, entraîne aujourd'hui
les cours vers le plus bas niveau de leur histoire.
Et
de l'autre le constat que le prix du lait en France n'a pas totalement profité
de l'embellie de 2007 et une montée sans précédent des charges
d'exploitations.
Contexte politique : la dérégulation
En
3 ans, de 2003 à 2006, la plupart des outils de régulation des marchés ont
disparus.
Les
prix d'intervention ont été réduits de 25% pour le beurre et de 15% pour
la poudre. Mais parallèlement, les aides au marché intérieur ont
été mises à zéro, de même que les restitutions à l'exportation.
Avant 2003, du fait des soutiens, les cours du beurre étaient autour de 3000
euros/tonne ceux de la poudre, à 2000 euros. Les aides communautaires
étaient de 900 euros/tonne pour le beurre " pâtissier " et 700 euros
pour la poudre destinée à l'alimentation animale. Les restitutions étaient
régulièrement de 1800 euros la tonne de beurre et de 600 à 800 euros la tonne de
poudre.
A partir de 2003,
le cours du beurre a suivi la baisse du prix d'intervention tandis que la poudre
a mieux résisté du fait d'un marché plus porteur.
Le prix du lait en Europe a baissé d'environ 10% en 3 ans.
L'aide compensatoire
laitière (ADL) a été découplée en 2006.
Enfin les quotas ont été
augmentés rendant moins efficace l'adéquation offre-demande.
Volatilité des marchés
En 2007, des tensions apparaissent.
Un prix du lait en baisse depuis plusieurs années n'incite pas les éleveurs
européens à produire et les sècheresses de l'hémisphère sud font le reste, alors
que la demande mondiale est soutenue. Les marchés se sont tendus à tout rompre.
Sans stock, l'Union Européenne a assisté impuissante à l'envolée des prix.
Quelques spéculations ont fait le reste. Résultat : du beurre avoisinant les 5000 euros la tonne
et de la poudre à près de 4000 euros.
En 2008, scénario inverse, le monde
laitier vit aujourd'hui un retournement de tendance sans précédent. Les
dernières cotations sont à 2200 euros
pour le beurre et à 1500 euros pour la poudre animale. Ainsi la valorisation du beurre-poudre est descendue
à 200 euros pour
1000 litres de lait mis en œuvre. Une chute qui ne semble pas encore totalement terminée.
Envolée des charges d'exploitation
Amorcée en 2007, la hausse des
charges d'exploitation s'est accentuée en 2008. En un an elles ont augmenté de près de 20%, soit entre 45
et 50 euros pour
1000 litres de lait produits. Ces moyennes recouvrent des
écarts importants en fonction des systèmes d'exploitation.
L'épisode DGCCRF
Face au désengagement des
pouvoirs publics dans la gestion des marchés laitiers, tous les yeux se sont
tournés en France vers l'Interprofession. L'approche du prix du lait était déjà
de son ressort et l'on commençait déjà à faire le projet d'un rôle
interprofessionnel quant à la problématique des volumes et d'un encadrement
contractuel nécessaire à l'issue de la période quotas.
Mais c'était sans compter
avec la dure réalité des règles de la concurrence qui, faisant fit de l'intérêt
d'un rôle de régulateur confié à l'interprofession, lui ont froidement imposé
l'immobilisme au printemps dernier. Une remise en cause qui venait à point nommé
dans un contexte de baisse du pouvoir d'achat...
Un instant d'égarement qui
a pourtant cassé une dynamique, dont il faut aujourd'hui recoller les
morceaux.
Depuis, les Pouvoirs
Publics sont revenus sur ce jugement radical et le pouvoir de négociation a été
redonné au CNIEL pour le prochain semestre, charge ensuite de mettre en place un
nouveau système composé d'indicateurs nationaux à utiliser en interprofession
régionale.
Les
négociations nationales dans l'impasse
Les
négociations nationales sur l'évolution du prix du lait pour les prochains mois
ont fait l'objet de 4 réunions en octobre et jusqu'au 4 novembre, date ultime
pour l'établissement des bordereaux de paiement des livraisons d'octobre. Les
positions des différentes familles étaient particulièrement éloignées.
Côté industriels, la nécessité
d'appliquer dès le 4ème trimestre des évolutions plus réactives aux
marchés, a conduit
la FNIL et
la FNCL à proposer des indicateurs très nettement impactés par la
conjoncture récente.
Selon eux, l'évolution du prix
devait se situer entre -40 et -70 euros/1000 litres au 4ème trimestre
2008 et entre -100 et -120 euros au 1er trimestre 2009.
Impensable pour
la FNPL qui se basait sur les
indicateurs qui prévalaient jusqu'ici. Ceux-ci donnaient un résultat
encore positif au 4ème trimestre (+7 euros) et qui devenaient
négatifs au 1er trimestre 2009. De plus, il restait une
" réserve " de +27 euros, prélevée au 2ème trimestre 2008, qu'il convenait de
réintégrer.
A
noter qu'au début des négociations, les simulations liées à ces indicateurs
étaient de -45 euros pour le premier trimestre 2009, au fil des semaines, les
cours continuant à se dégrader, les simulations sont actuellement de l'ordre de
-70 euros.
A l'issue de la réunion du
4 novembre, les positions, bien que s'étant rapprochées, étaient encore très
éloignées.
Les propositions des entreprises
portent sur une baisse de -30 euros pour le 4ème trimestre assortis d'une flexibilité pouvant
aller jusqu'à -15 euros selon le mix-produit. Pour la FNPL, une baisse de -10
euros était un seuil limite.
A ce jour, aucune
possibilité d'accord ne semble se dessiner.
Quel prix en octobre ?
En l'absence d'accord, les
différentes entreprises ont établi un prix qui s'apparente assez nettement avec
les dernières positions de leurs fédérations. L'évolution générale est donc
proche de -30 euros/1000 litres. C'est le cas pour Lactalis ou Sodiaal (qui
n'appliquent pas de flexibilité). Bongrain a annoncé une baisse de -33 euros,
certaines coopératives de l'Ouest seraient entre -35 et -40 euros. Eurial annonce une baisse de -30€ /
1000 litres, avec une flexibilité
de 10€ et finalement une rallonge de quotas de 10%.Quant à Entremont, les
évolutions seraient de -33 euros à l'Est et -56 euros à l'Ouest. Enfin, les
transformateurs spécialisés dans les produits frais, tels que Senoble ou Danone,
ont annoncé une baisse de -20 euros.
Quel système d'encadrement du prix à l'avenir ?
Il est fondamental que les
négociations pour les mois qui suivent puissent aboutir afin de permettre au
Cniel d'élaborer sereinement les indicateurs qui pourraient prévaloir à
l'encadrement du prix du lait dans l'avenir.
Pour la FNPL, il conviendra
alors aux 3 familles de l'interprofession de se poser les bonnes questions pour
que le système ait des chances de tenir dans le temps :
Réactivité ? Rappelons que les indicateurs mis en
place en 1997 étaient réactifs. C'est en 2005-2006 que sont apparus des
indicateurs calculés sur des moyennes de 12 mois, qui ont amené une certaines
lenteur au système. Le principe de réactivité n'est rejeté par aucune des
parties.
Amplitude ? Le système de 1997 avait pris le
parti d'atténuer l'impact des variations de marché sur celles du prix du lait.
Il s'agissait du " lissage ". Pour
la FNPL, cette notion reste
fondamentale. Elle revêt même une importance accrue dans un contexte de forte
volatilité des marchés. En effet, des incidences trop fortes sur le prix du lait
peuvent totalement déstabiliser la filière, et ce, jusqu'au consommateur. Un
prix du lait qui flambe, et c'est une entorse au pouvoir d'achat. Un prix du
lait qui plonge, et c'est le découragement des producteurs.
Flexibilité ? Derrière ce mot, apparu également au
cours des années " réforme ", il s'agissait de tenir compte du
mix-produit des entreprises. Il est évident que selon les fabrications, les
entreprises n'ont pas toutes les mêmes valorisations. Historiquement le prix du
lait en France résulte d'une certaine moyenne de valorisation. Avec la réforme,
les prix des produits de régulation que sont le beurre et les poudres ont perdu
tout repère et sont devenus totalement instables. Il apparait donc difficile de
ne pas en tenir compte lorsque les cours sont très hauts ou très bas.
Harmonisation ? Depuis quelques années, un
indicateur dit " de compétitivité " avait été mis en place. Il
s'agissait d'une certaine convergence entre le prix en France et en Allemagne.
Avec l'équivalent d'un litre produit sur trois qui sort de l'hexagone, il y a
une certaine logique à ce que le prix en France ne soit pas trop déconnecté de
celui pratiqué chez nos principaux clients.
PGC ? Les produits de grande consommation (PGC)
écoulés sur le marché français représentent 50% du débouché. De plus, ils
représentent la partie la plus valorisée. Leur prise en compte est donc
nécessaire, même si, sur une longue période, leur valeur varie peu.
Coûts de production ?
Cette notion avait été peu
appréhendée dans les précédents systèmes interprofessionnels. Comme pour les
PGC, leur évolution était relativement peu significative. Mais la période
récente a montré que les charges d'exploitation devenaient également plus
volatiles. Le maintien d'une production laitière, répartie sur tout le
territoire, nécessite probablement que le rapport prix/charges soit considéré.
Plus généralement, la
situation actuelle montre la nécessité d'une gestion globale des volumes
permettant ainsi d'adapter l'offre à
la demande.
Il est
essentiel de maintenir des outils de régulation afin d'assurer la valorisation
optimale de la production et ainsi obtenir un prix rémunérateur qui devra être
défini au niveau national et interprofessionnel. Cette démarche permet également
de donner de la lisibilité à long terme pour des jeunes qui souhaitent
s'installer.
La filière laitière,
filière qui installe le plus de jeunes, tient sa force de son organisation. Il
est essentiel de
la conserver.
Il est donc
primordial de maintenir le rôle et la place de l'interprofession et plus
spécifiquement dans le cadre des débats sur l'évolution du prix du
lait.
Graphiques
Le marché des
Produits industriels


Les charges
d'exploitations

L'évolution du prix moyen à la
production

Documents attachés au dossier
(page accueil du
site)
-
Modèle de lettre réclamation des 27 €
- Mode d'emploi de la facture rectificative des 27
€
- Modèles de facture rectificative des 27 € pour les
mois d'avril, mai et juin
- Modèle de lettre de contestation du prix du lait
d'octobre