Quand un exploitant part en
retraite, il est tenté de poursuivre son activité agricole, notamment afin
d'aider les membres de sa famille restés sur l'exploitation.
Se pose alors la question de
la difficile conciliation entre le maintien de la pension de retraite et la
poursuite d'une activité limitée.
Aussi, nous avons décidé de
faire une chronique relatant les principales questions qui nous ont été posées à
ce sujet.
1] Quelle est la surface
qu'un exploitant agricole est en droit de conserver tout en percevant sa pension
de retraite ?
La parcelle de subsistance
que l'exploitant agricole est en droit de conserver lorsqu'il part en retraite
correspond à 1/5ème de la SMI, soit :
3,5
hectares pour les cantons
d'Ambrières les Vallées, Chailland, Ernée, Gorron, Landivy et Lassay les
ChAteaux.
4 hectares pour le
reste du département.
2] La dispense de permis
de conduire s'applique t –elle à un agriculteur
retraité ?
La dispense du permis de
conduire n'est pas liée à la qualité du conducteur, mais à l'utilisation qui est
faite du tracteur.
Ainsi, pour pouvoir être
dispensé du permis de conduire, il faut que les 2 conditions suivantes soient
remplies :
Le tracteur
ou l'engin agricole doit être attaché à une exploitation agricole, une
Entreprise de Travaux Agricoles ou une CUMA.
Il doit être
utilisé pour réaliser des travaux agricoles.
A défaut, le retraité, comme
toute autre personne, doit être titulaire du permis poids lourd requis pour
conduire ce type d'engins.
Cependant,
une dérogation est accordée à l'agriculteur retraité ayant conservé une parcelle
de subsistance, et étendu par la circulaire ministérielle n° 2006-67 du 4
septembre 2006, à tous les retraités pouvant justifier d'une affiliation au
régime de la MSA en tant que contributeur de solidarité (superficie comprise
entre 1/8ème et 1/5ème de la
SMI), qui pourront se voir attribuer le numéro d'exploitant, et par conséquent,
bénéficier de la dispense de permis de conduire.
A titre d'exemple :
Un retraité qui souhaite
utiliser son propre tracteur, sauf dans le cas où il aurait conservé une
parcelle de subsistance, doit détenir le permis requis, et ce même s'il s'agit
d'aider ses enfants restés sur l'exploitation. Dans ce cas, en effet, le
tracteur n'est pas attaché à une exploitation agricole.
D'autre part, il peut
utiliser le tracteur de ses enfants pour les aider sur leur exploitation. Dans
ce cas , en effet, les 2 conditions sont réunies.
En revanche, il ne peut pas
utiliser le tracteur de ses enfants pour réaliser des travaux non
agricoles,
3] Un agriculteur
retraité peut il aider son épouse restée sur l'exploitation
agricole
En principe, pour pouvoir prétendre au versement de sa pension de
retraite, l'agriculteur doit justifier de la cessation d'activité sauf s'il
conserve une parcelle de subsistance (cf. question n°1).
Ceci étant, l'exploitant
retraité peut " donner un coup de main " à son successeur, surtout
s'il s'agit de son fils ou de sa femme. Cette activité occasionnelle ne fait pas
obstacle au maintien de la retraite, si le retraité n'y consacre pas plus de 10
à 15 heures/semaine en moyenne.
Mais, le retraité doit
prendre la précaution de s'assurer volontairement contre les accidents du
travail pouvant survenir au cours de ses activités d'entraide ou de " coup
de main " (Décl. min. 6 déc. 1985 : JOAN CR, 6 déc. 1985,
p. 5352 et 5369 Circ.
CCMSA no
112, 18 juin 1986).
4] L'entraide agricole
peut elle s'exercer avec un agriculteur retraité ?
Pour être en situation
d'entraide et bénéficier ainsi de la dérogation relative à la responsabilité
civile en cas d'accident, 3 conditions doivent être réunies :
L'entraide
doit consister en un échange de service.
Celui-ci
doit être réciproque
Et il doit
être réalisé entre agriculteurs.
En principe donc, un
retraité n'étant plus, par définition, agriculteur, ne devrait pas être en
mesure de recevoir ni de réaliser des prestations d'entraide.
Cependant,
il existe des cas pour lesquels, même un retraité peut remplir les conditions de
l'entraide.
Tout
d'abord, la qualité de retraité, qui constitue une des conditions de l'entraide,
est reconnue à l'agriculteur retraité qui a conservé une parcelle de subsistance
(
Cass.
soc., 25 janv. 1990, no 85-15.512, Desplan c/ Fourquet :
Bull. civ. V, no 33 Cass.
soc., 25 janv. 1990, no 86-16.123, Simon et a. c/
Carpentier et a. : Bull. civ. V,
no 33)
D'autre
part, dans la mesure où la prestation d'entraide peut être effectuée par
l'agriculteur lui-même, mais aussi par son salarié, ou les membres de sa
famille,
le retraité, qui aide son conjoint ou ses enfants de façon occasionnelle, peut,
dans le cadre de cette aide, réaliser une prestation d'entraide pour le compte
de son conjoint ou ses enfants.
Cependant,
cette activité doit véritablement restée occasionnelle, sinon, elle
pourrait être requalifiée en salariat et donc engendrer la suspension du
versement de la pension de retraite, en plus des poursuites pénales en
vigueur.
K.EL OUAKILI