Réunis en conférence de presse le mardi 9 juin 2026 à l’EARL de la Roulerie, à Miré (Maine-et-Loire), la FRSEA et les Jeunes Agriculteurs des Pays de la Loire ont exposé la situation critique des éleveurs porcins. Entre chute brutale du prix de marché, explosion des coûts de construction et baisse sous le seuil d’autosuffisance nationale, les syndicats réclament des mesures urgentes pour sauver la production régionale.
L’EARL de la Roulerie : l’illustration d’une modernisation indispensable mais compromise
C’est sur l’exploitation d’Emmanuel Landeau, installé depuis 2013 à Miré, que les représentants syndicaux ont choisi de faire entendre leur voix. L’exploitation est un exemple type de la restructuration et des efforts de modernisation constants de la filière porcine régionale. Avec 150 truies sur 94 hectares, Emmanuel engraisse environ 3600 porcs/an.
L’éleveur a également su diversifier ses revenus et s’engager dans la transition énergétique en installant 100 kW de panneaux photovoltaïques en revente totale en 2019, suivis de 36 kW en autoconsommation en 2025.
Pourtant, les projets d’avenir se heurtent à la réalité économique. Emmanuel LANDEAU explique « Mon objectif est de rapatrier mes places d’engraissement actuellement situées sur un site plus ancien et plus éloignée du site principal pour valoriser la productivité accrue de mes truies et gagner en confort pour mes animaux et moi-même. Mais l’investissement est mis en stand-by du fait de la conjoncture et de l’explosion des coûts de construction. »
Un effet ciseau structurel qui asphyxie les exploitations
Le cas d’Emmanuel Landeau n’est pas isolé. Depuis une dizaine de mois, la filière porcine française subit un effet ciseau structurel dévastateur mettant à mal les trésoreries des axploitations. D’un côté, le cours du porc s’est effondré de près de 25 % en un an (cotation Marché du Porc Français établie à 1,434 €/kg au 8 juin 2026) sous la pression des marchés du Nord de l’Europe et de la baisse des flux vers l’Asie. De l’autre, les charges restent historiquement hautes, déconnectées de la valeur du produit final.
Les calculs présentés par l’interprofession sont implacables : en mars 2026, l’indicateur du prix cible INAPORC s’élevait à 1,839 €/kg pour couvrir les coûts de production. En comparaison avec le prix réellement payé aux producteurs, la perte sèche s’établit à 28 € par porc sur le premier trimestre 2026. « Pour un élevage ligérien moyen produisant 6 000 porcs à l’année, cela représente un manque à gagner de 42 000 € uniquement sur les trois premiers mois de l’année » précise Mickaël GUILLOUX, élu de la section porc FRSEA.
Les producteurs sont d’autant plus inquiets, qu’il n’y a pas de vision d’amélioration d’ici la fin de l’année. Même l’embellie cyclique des mois d’été ne semble pas se réaliser cette année malgré une météo favorable des dernières semaines.
Le mur de l’investissement neuf pour les jeunes
Le point le plus critique concerne le renouvellement des générations et la modernisation des structures. Entre 2015 et 2025, les coûts de construction des bâtiments d’élevage ont littéralement explosé sous l’effet de l’inflation et de l’empilement des normes (bien-être animal, environnement, biosécurité).
Les données de l’IFIP présentées lors de la conférence révèlent des hausses de coûts inédites en dix ans:
- Maternité (place bloquée) : +34 % (8 379 €)
- Gestation (caillebotis) : +77 % (2 513 €)
- Post-sevrage (caillebotis) : +73 % (455 €)
- Engraissement (caillebotis) : +59 % (803 €)
Désormais, l’enveloppe globale oscille entre 11 155 € et 12 702 € par truie productive pour un système naisseur-engraisseur standard. Pour les JA, le constat est sans appel : le coût du neuf est devenu le premier frein à l’installation. En Pays de la Loire, la filière n’enregistre plus qu’une douzaine d’installations aidées par an, alors que la région a perdu 23 % de ses sites porcins professionnels en l’espace de dix ans.
Alerte sur la souveraineté alimentaire : la France passe sous la barre de l’équilibre
Ce tarissement des projets entraîne des conséquences directes sur l’approvisionnement national. Pour la première fois de son histoire moderne, le taux d’auto-approvisionnement en viande porcine de la France est passé sous la barre des 100 %. Alors qu’il s’élevait à 103 % en 2022, il a chuté à 98 % en 2024/2025 et les prévisions pour 2026 sont de l’ordre de 96%. Une situation paradoxale puisque, dans le même temps, la consommation de porc progresse dans l’Hexagone (+2,6 % en 2025), portée par son attractivité tarifaire face au bœuf notamment.
« Dans ce contexte, ce sont les importations de viandes porcines étrangères qui augmentent et permettent de répondre à cette demande croissante. Cela va à l’inverse des discours sur la souveraineté alimentaire » indique Laurent CHEUX, président de la section porcine FDSEA53.
Les professionnels agricoles demandent que les récents travaux menés par l’Etat dans le cadre des conférences sur la souveraineté alimentaire aboutissent à des impacts concrets (financiers et réglementaires) sur les filières agricoles.
Les trois revendications urgentes de la section porcine régionale
Face à ce constat, les représentants syndicaux demandent des actions immédiates et concrètes :
Une juste répartition de la valeur : S’appuyant sur le dernier rapport du Sénat du 21 mai 2026, la FRSEA et les JA fustigent la captation abusive des marges par l’aval de la filière. Ils somment les distributeurs de prendre enfin en compte les coûts de production réels des éleveurs.
Un choc de simplification administrative : Les syndicats exigent un allègement drastique des procédures d’autorisation et un alignement des seuils environnementaux français sur les standards européens. Ils placent beaucoup d’espoirs dans l’article 17 du projet de loi d’urgence, censé harmoniser les seuils à 900 truies et 3 000 places d’engraissement sous un régime de police de l’environnement spécifique à l’élevage, en remplacement du carcan des ICPE industrielles.
Priorité absolue à l’Origine France : Les éleveurs réclament une mobilisation générale des acheteurs. Les transformateurs doivent privilégier le logo Le Porc Français et les collectivités locales (RHD, cantines scolaires, hôpitaux) se doivent de montrer l’exemple en s’approvisionnant à 100 % en viande porcine française.
La filière porcine des Pays de la Loire – qui pèse pour 12 % de la production nationale (2e rang derrière la Bretagne) et représente un chiffre d’affaires de plus de 500 millions d’euros – rappelle qu’il en va de la survie de la souveraineté alimentaire de nos territoires.