À l’invitation de la FDSEA de la Mayenne et du sénateur mayennais Guillaume Chevrollier, le sénateur Laurent Duplomb s’est rendu le lundi 22 juin à La Haie-Traversaine pour observer les parcelles de maïs fortement touchées par la mouche géomyze.
Sur le terrain, élus locaux, représentants de la Chambre d’agriculture de la Mayenne, de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs ont accompagné la visite organisée sur plusieurs exploitations impactées.
La situation observée illustre des pertes importantes et des surcoûts déjà bien réels pour les agriculteurs concernés.
Des dégâts concrets et des resemis coûteux
Sur la première exploitation visitée, celle de Sébastien Lair, éleveur laitier, le maïs semé le 25 avril a été fortement touché. L’agriculteur témoigne :
« Ce maïs a été fait après l’ensilage d’herbe, avec labour. Après l’attaque de la mouche, j’ai resemé 22 hectares sur les 73 hectares de maïs que j’ai, autour du 25 mai et au milieu des rangs. Je ne voulais pas tout recasser. J’en ai pour presque 5 000 euros. »
Un peu plus loin, chez Benoît Leroy, même constat. Le jeune agriculteur, lui aussi semé fin avril, a dû intervenir à nouveau fin mai après passage de la herse :
« Il restait entre 20 000 et 30 000 pieds à l’hectare… », constate-t-il, soulignant l’ampleur des dégâts.
« Des impasses techniques et économiques »
Pour Samuel Gouel, président de la FDSEA de la Mayenne, cette visite avait pour objectif de montrer concrètement la réalité vécue sur les exploitations :
« Montrer l’impact sur les exploitations mayennaises, et mettre en évidence les impasses dans lesquelles on nous met. Les conséquences seront réelles dans 3 mois : aura-t-on assez de nourriture pour nos animaux jusqu’à septembre 2027 ? Sans oublier les surcoûts liés aux resemis. »
Même constat du côté des Jeunes Agriculteurs 53, dont le président Erwan Pineau insiste sur la nécessité de solutions durables :
« Des solutions sont nécessaires pour ne pas revivre cet épisode. Nous serons attentifs aux pertes que la récolte permettra de constater. »
Un système jugé incohérent par les professionnels
Agriculteur lui-même, Laurent Duplomb a tenu à exprimer son soutien face à une situation qu’il qualifie de difficile, tant économiquement que moralement :
« La réalité pour l’agriculteur est économique, mais aussi psychologique. Quand on sème une parcelle en sachant que tous ceux qui sont dans l’espace européen ont la possibilité de lutter ou d’éviter de connaître ce que les Français subissent… on finit par se dire : mais qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? »
Le sénateur, également rapporteur du projet de loi d’urgence agricole au Sénat, pointe notamment les difficultés liées aux règles d’utilisation des solutions de traitement des semences. Il évoque la question de la surtransposition et de la dérogation dite « 120 jours », jugée peu adaptée aux réalités des filières et aux besoins d’anticipation des entreprises semencières.
Une alerte sur la viabilité des exploitations
Au-delà de l’épisode de la mouche géomyze, l’élu alerte sur une accumulation de charges et de contraintes : carburant, intrants, semences…
« Quand on multiplie le coût du GNR, le coût de la semence, le coût de l’engrais azoté qui a augmenté… viendra un moment où les agriculteurs jetteront l’éponge. »
Il rappelle enfin que les exploitations mayennaises sont majoritairement familiales et déjà fortement capitalisées :
« La réalité de ces agriculteurs, c’est qu’ils font une prouesse phénoménale : parvenir à réaliser un euro de chiffre d’affaires après avoir investi 7 euros. »
Cette visite a permis de replacer la problématique de la mouche géomyze dans un contexte plus large : celui de la compétitivité des exploitations, de la capacité à produire en Europe dans des conditions équivalentes, et de la pérennité des fermes familiales.


