À la suite d’un courrier adressé par la FRSEA et les Jeunes Agriculteurs à la préfecture de région, cette dernière a organisé, jeudi 21 mai, une réunion avec les acteurs économiques en aval de la filière. Cette rencontre, où les services de l’État se sont placés en tant que médiateur, a été un lieu d’échange où les différentes parties ont pu échanger ouvertement et sans tabous sur les positions défendues.
Depuis le début de l’année 2025 et pendant plusieurs mois, les producteurs de viande bovine ont enfin bénéficié de prix rémunérateurs, leur permettant de retrouver une bouffée d’oxygène après des années de crise. Aujourd’hui pourtant, même si les cours restent à un niveau historique, la baisse brutale engagée depuis fin mars suscite une incompréhension profonde dans les campagnes. Clément Traineau, président de la section viande bovine régionale, témoigne : « Cette hausse de prix n’a pas été engagée par les éleveurs : elle est avant tout la conséquence d’un manque d’animaux sur le marché européen et de la volonté des abatteurs d’avoir des animaux pour faire tourner leurs outils. La baisse brutale des cours, alors qu’aucun changement dans les paramètres de marché n’a été relevé, montre encore une fois, que les producteurs sont la variable d’ajustement de la filière. »
Au cours des échanges, les producteurs ont souhaité rappeler que la confiance avec certains acteurs de l’aval est aujourd’hui largement entamée. Depuis des années, les rencontres se succèdent et se ressemblent, sans apporter de réponses concrètes. Certes les cotations restent hautes mais elles doivent être considérés en regard des coûts de production qui sont eux aussi élevés. Dans ce contexte, la spirale baissière des prix peut rapidement devenir insoutenable.
Autour de la table, personne ne nie les difficultés de marchés et celles auxquelles les consommateurs doivent faire face. Mais il convient tout de même de garder la raison sur les ordres de grandeur : lorsque les abatteurs mettent en avant l’impossibilité de passer des hausses de prix de quelques centimes sur les produits pour le consommateur, ce sont plusieurs centaines d’euros qui disparaissent sur chaque animal pour l’éleveur. Cette réalité ne peut plus être minimisée.
Les représentants FRSEA et JA ont tenu aussi à s’exprimer sur un enjeu particulièrement important : si l’on continue à fragiliser les éleveurs, toute la filière sera mise en danger demain, y compris les outils d’abattage. Jordy Bouancheau, représentant des Jeunes Agriculteurs, a tenu à le rappeler : « Dans 10 ans, c’est la moitié des agriculteurs qui seront en âge de partir à la retraite. Si rien n’est fait et qu’aucun signal positif n’est envoyé pour les producteurs, qui produira encore de la viande bovine française ? » À l’issue de la réunion, plusieurs demandes ont été clairement posées : l’arrêt immédiat de la spirale baissière, garantir des pratiques commerciales transparentes et loyales avec l’appui de l’État et promouvoir plus largement la contractualisation entre les agriculteurs et les abatteurs. Sur ce dernier point, Anthony Ménard, président de la FRSEA Pays de la Loire, précise : « Le sujet de la contractualisation en filière bovine est toujours d’actualité.Il faut inciter les producteurs, et surtout les jeunes, à contractualiser avec leurs acheteurs. Si les acteurs s’engagent un peu plus dans cette voie, c’est sans doute une bonne manière de pouvoir redonner une vision à plus long terme à la production. »