La situation agricole se dégrade fortement sous l’effet de la sécheresse et des épisodes de canicule. Réunie jeudi 27 août avec les préfets, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a dressé un état des lieux particulièrement préoccupant. Alors que le gouvernement doit présenter son plan d’urgence le 3 septembre, la FNSEA réclame déjà plusieurs milliards d’euros pour soutenir les exploitations les plus touchées.
Après plusieurs semaines de fortes chaleurs et de déficit hydrique, le gouvernement dispose désormais d’un état des lieux précis de la situation agricole, département par département et filière par filière.Réunis le 27 août à la demande d’Annie Genevard, les préfets ont fait remonter un constat particulièrement dégradé. 101 départements sont actuellement en situation de sécheresse, dont 62 en situation de crise, tandis que 95 départements font l’objet de restrictions d’eau. Pour la ministre de l’Agriculture, le bilan est « sans appel ». Les conséquences sont désormais visibles dans les champs comme dans les élevages, avec des pertes de rendement qui dépassent 50 % dans plusieurs zones du pays.
Des récoltes fortement pénalisées
Dans plusieurs territoires, les rendements s’effondrent, tandis que certaines cultures arrivent à maturité dans des conditions exceptionnellement précoces. La situation est également préoccupante pour l’élevage. Toutes les régions françaises signalent des déficits fourragers. Dans cinq régions, les stocks de fourrage sont inférieurs de plus de 50 % à leur niveau habituel. Huit autres affichent un déficit d’au moins 25 %.Cette pénurie constitue l’une des principales inquiétudes pour les prochains mois. Avec des prairies fortement dégradées, les éleveurs doivent parfois acheter ou faire venir du fourrage supplémentaire afin de maintenir leurs animaux.Les effets économiques commencent également à se faire sentir. Annie Genevard souligne que toutes les régions font état d’une forte dégradation de la situation économique et sociale des exploitations.
Annie Genevard veut désormais passer à l’action
Cette réunion avec les préfets doit permettre au gouvernement de calibrer son futur dispositif d’aide. Dès le début du mois d’août, Annie Genevard avait annoncé la mise en place d’un plan global d’accompagnement face aux canicules, à la sécheresse et aux incendies, avec l’objectif affiché de ne laisser « aucun agriculteur seul » face à la crise.
Le 13 août, la ministre avait déjà annoncé qu’elle réunirait les préfets afin d’obtenir un état des lieux précis et de « calibrer » un « plan d’aide massif », territoire par territoire et filière par filière.Cette étape est désormais franchie. Le gouvernement doit présenter le 3 septembre le plan CASI — pour Canicules, Sécheresse, Incendies — qui doit notamment comporter des aides directes destinées à soulager la trésorerie des exploitations et à permettre la reprise de la production. L’enjeu est désormais de déterminer l’ampleur financière de ce dispositif.
La pression monte sur le gouvernement
Car du côté des organisations agricoles, les attentes sont considérables.
Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, réclame depuis plusieurs semaines une réponse financière exceptionnelle. Le 8 août, il estimait sur Franceinfo que l’agriculture française avait besoin de « plusieurs milliards d’euros » pour faire face à la sécheresse, aux canicules et aux incendies.
Pour le patron de la FNSEA, les dispositifs habituels ne suffiront pas. Il appelle à un « choc de réactivité rapide », jugeant que la situation constitue une catastrophe climatique d’une ampleur inédite pour l’agriculture française. Il estime notamment que les assurances agricoles ne pourront pas absorber seules un tel niveau de sinistralité.
Arnaud Rousseau a également alerté sur les conséquences pour certaines productions. Il estime notamment que la France pourrait connaître sa plus faible récolte de maïs depuis près de 45 ans, tandis que les vendanges ont commencé exceptionnellement tôt dans certaines régions.
Un plan attendu avec impatience le 3 septembre
Le rendez-vous du 3 septembre s’annonce donc décisif. Pour le gouvernement, il s’agit désormais de transformer le diagnostic établi par les préfets en mesures concrètes. Pour les agriculteurs, l’urgence est double : faire face aux pertes immédiates et préserver la capacité de production pour les prochains mois. La question du fourrage est notamment devenue centrale pour les éleveurs, tandis que les exploitations touchées par les pertes de rendement voient leur trésorerie se dégrader.
La crise touche par ailleurs des filières emblématiques. Face à l’assèchement des pâturages, les autorités ont déjà dû assouplir temporairement certaines règles de production pour les fromages AOP comme le Comté, le Beaufort et l’Abondance.Le gouvernement dispose désormais de quelques jours pour annoncer le montant et les modalités de son plan. Après le constat dressé par les préfets, c’est désormais le niveau de la réponse de l’État qui sera scruté par le monde agricole. Et sur ce point, la FNSEA a déjà prévenu : pour Arnaud Rousseau, une réponse ordinaire ne sera pas à la hauteur d’une crise qu’il considère comme exceptionnelle.