Dans cette lettre adressée au Premier ministre, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, appelle le gouvernement et les parlementaires à prendre leurs responsabilités pour faire aboutir rapidement la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles.
Monsieur le Premier ministre,
Dans la lettre que vous avez adressée aux agriculteurs français au sujet de la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, vous évoquez « deux voies possibles » au Parlement.
Pour nous, il ne devrait pourtant y en avoir qu’une seule : celle qui permette à l’agriculture française de survivre.
Oui, de survivre. Nous en sommes là.
Car la situation de notre agriculture ne permet plus ni l’attente, ni les hésitations, ni les renoncements. Elle traverse bien plus qu’une crise conjoncturelle : elle traverse une crise de confiance politique.
Cette crise de confiance s’est encore aggravée ces dernières semaines avec l’entrée en vigueur du Mercosur, au terme d’un processus démocratique profondément contesté et largement bafoué par la présidente de la Commission européenne.
Cet accord ouvre désormais plus largement nos marchés à des produits agricoles qui ne respectent ni nos standards de production, ni nos exigences sanitaires, environnementales ou sociales.
En réalité, il ouvre la voie à des importations d’une alimentation que les Français ne veulent pas dans leurs assiettes.
Dans ce contexte, les polémiques médiatiques autour des « masters poulet » ne sont pas anecdotiques. Elles sont le symptôme visible et brutal des choix politiques faits depuis des années.
Derrière cette séquence médiatique, il y a une interrogation profonde : quel modèle agricole et alimentaire voulons nous encore défendre pour notre pays ?
Car derrière ces symboles, il y a une réalité très concrète pour les agriculteurs français : des charges qui explosent, des contraintes qui s’accumulent, des impasses techniques qui se multiplient et une concurrence internationale qui ne respecte ni nos normes, ni nos exigences, ni nos coûts de production.
Dans votre lettre, vous décrivez avec lucidité les tensions géopolitiques actuelles et leurs conséquences immédiates sur les exploitations agricoles.
Vous évoquez des aides d’urgence, des mesures de trésorerie, un soutien sur le GNR ou encore un plan sur les engrais. Ces réponses sont nécessaires. Mais elles ne suffiront pas à réparer dix années de renoncements politiques.
Car la vérité est là : si l’agriculture française se retrouve aujourd’hui dans une telle situation d’urgence, c’est parce que, depuis trop longtemps, le politique recule dès qu’il faut choisir clairement la production française.
Pendant dix ans, nous avons empilé les contraintes sans garantir les moyens de produire. Pendant dix ans, nous avons laissé prospérer des distorsions de concurrence insupportables.
Pendant dix ans, nous avons expliqué aux agriculteurs qu’il fallait tenir encore un peu, patienter encore, attendre encore un arbitrage, un compromis ou un prochain texte.
À force de calculs politiques et d’absence de majorité claire pour défendre l’agriculture française, la confiance s’est progressivement effondrée. C’est pourquoi la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles ne peut pas devenir un énième rendez-vous manqué.
Vous avez eu le courage de porter ce texte et de reconnaître
l’urgence. Vous avez raison : l’agriculture française a besoin d’un texte équilibré, pragmatique et capable d’apporter des réponses concrètes. Mais désormais, une question se pose : le politique est-il capable d’aller au bout de ses convictions ? Nous en appelons donc à la responsabilité des parlementaires et à l’impulsion du gouvernement pour que ce texte aboutisse d’ici l’été. L’agriculture française ne peut plus rester suspendue aux hésitations, aux calculs ou aux blocages politiques.
Car on ne peut pas appeler à l’urgence tout en renvoyant certains sujets essentiels à plus tard. Les distorsions de concurrence en matière phytopharmaceutique ne sont pas un débat secondaire. Elles sont au coeur de la survie économique de nombreuses filières.
Quand un agriculteur voit ses cultures ravagées par les pucerons, il n’a pas besoin qu’on lui explique qu’un nouveau texte viendra peut-être demain. Il a besoin de solutions maintenant. Il en est de même pour l’eau et la prédation.
L’urgence est là. Immédiate. Concrète. Quotidienne.
Nous refusons donc les signaux contradictoires. Nous refusons que l’on demande aux agriculteurs de croire encore à des promesses différées alors qu’ils attendent depuis des années des décisions claires.
Les paysans français n’attendent pas des discours supplémentaires. Ils attendent que cette loi aboutisse. Ils ont besoin de cette loi. Parce qu’au-delà des débats parlementaires, c’est désormais la capacité de la France à continuer de nourrir son peuple qui est en jeu.
Arnaud ROUSSEAU, Président de la FNSEA