L’interview d’Anthony Ménard, président de la FRSEA des Pays de la Loire
Vous appelez les agriculteurs à se mobiliser mardi prochain contre le futur Sdage* Loire-Bretagne 2028-2033. En quoi ce texte vient-il influer sur la vie quotidienne des agriculteurs ?
Anthony Ménard : C’est un texte qui est très impactant pour tous les agriculteurs, et pas que pour les irrigants comme on a peut-être tendance à le penser. Ce texte est la base réglementaire de toutes les discussions environnementales, qui sont quasiment toutes liées à l’eau : il va être à la base de la directive nitrates, des arrêtés étiages, des classements zones humides, des zones de captage et bien sûr des volumes prélevables pour l’irrigation. Voyez, le champ d’action est très large.
Quels sont les motifs qui vous amènent à vous mobiliser ?
A.M. : Il y a un gros souci de gouvernance. Le monde économique n’est pas assez écouté dans cette assemblée que l’on nous présente pourtant comme la démocratie de l’eau. C’est la Dreal et l’Agence de l’eau qui tiennent la plume et on observe un gros glissement idéologique avec une forte pression environnementale. Et quand bien même on arrive parfois à entraîner dans notre sillage quelques élus de collectivités territoriales, on peine à réunir 30 % des voix. L’autre glissement, c’est la complexité et le volume d’arguties juridiques et réglementaires qui font que les élus ont de plus en plus de mal à suivre. Tout ça va vraiment à contre-courant des objectifs de souveraineté alimentaire que nos dirigeants politiques affichent.
Concrètement pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
A.M. : Nous avons fait plus de 300 remarques et pointé près de 140 lignes rouges sur ce texte. L’un des points qui me choque le plus est sans doute le fait que l’on puisse se voir imposer sur certains zonages un assolement, avec des cultures à bas niveaux d’intrants. Cela irait totalement à l’encontre de notre liberté d’entreprendre. Autre exemple, l’abaissement du seuil nitrates à 18 mg/l qui fait basculer la plupart des cours d’eau en “mauvais état écologique”. Cela justifiera derrière, aux yeux de l’administration, un tour de vis supplémentaire sur la prochaine directive nitrates, et ce quand bien même les pratiques agricoles ont permis de réels progrès en la matière dans notre région. On pourrait citer plein d’autres exemples, comme les espaces périphériques aux zones humides…
Jusqu’où êtes-vous prêts à aller ?
A.M. : Nous utiliserons tous les moyens à notre portée. Nous allons commencer mardi par cette action à Orléans (45), où j’invite les agriculteurs ligériens à se rapprocher de leur fédération pour se mobiliser. On n’a pas d’autre choix que de la jouer collectif entre agriculteurs, associations d’irrigants, chambres consulaires et monde économique. Il y a trop de points sur lesquels on ne veut même pas négocier. Ensuite, s’il faut aller plus loin, nous verrons. S’il faut bloquer, nous bloquerons.