Dans un contexte de forte tension sur les marchés, entre baisse des cours du porc et hausse des coûts de production, Biocoop a fait le choix d’accepter certaines hausses tarifaires demandées par les filières.
Mercredi 4 novembre, Fabrice Thiéré, gérant de Mayenne Bio Soleil, est venu rencontrer des représentants de la FDSEA53 et de JA53 à la Maison des agriculteurs. Et ce, dans la lignée des rencontres avec les GMS portant sur le prix du porc (lire aussi notre édition du 30 octobre). Accepter des hausses de tarifs pour mieux rémunérer les producteurs a une conséquence directe : le prix payé en magasin augmente. Les premiers à supporter cette évolution sont donc les consommateurs. Selon Fabrice Thiéré, » la clientèle de Biocoop n’est par nature pas très consommatrice de viande, mais sensible à l’origine des produits, aux conditions de production et à la rémunération des agriculteurs. Pour ces consommateurs, l’acte d’achat peut aussi devenir un engagement militant en faveur d’un modèle agricole plus respectueux des producteurs, des animaux et de l’environnement « . L’achat est moins fréquent, mais le client accepte le prix si la qualité est au rendez-vous.
Cette volonté de soutenir les filières peut permettre d’accepter un prix supérieur à celui pratiqué dans la distribution traditionnelle. Un soutien précieux car, comme l’explique Fabrice Thiéré, » bon nombre de filières, et pas uniquement dans le porc, ont avant la crise des trois dernières années entamé des démarches de développement avec la montée en puissance de leurs outils de production. Face à la crise, la filière du porc bio s’est donc retrouvée avec de grosses charges de production pour amortir un outil surdimensionné au besoin du moment du fait de l’effondrement des ventes bio. Si Biocoop n’avait pas accepté d’accompagner cette filière via une hausse des tarifs, celle-ci n’existerait peut-être plus. «
Construire un modèle durable
L’enjeu reste maintenant de trouver un équilibre entre la juste rémunération des éleveurs et le pouvoir d’achat des consommateurs. Le soutien aux filières ne peut durablement reposer sur une hausse des prix sans garantie d’une juste répartition de la valeur supplémentaire.
Pour la FDSEA53 et les JA53, la volonté de Biocoop de mieux rémunérer certaines filières est une démarche à encourager. » Toutefois, la répercussion sur la rémunération des éleveurs biologiques reste aujourd’hui insuffisante « , souligne Benoît Quéméneur, éleveur de porcs bio à Courbeveille et référent productions biologiques à la Chambre d’agriculture. Il ajoute : » Aujourd’hui, nous perdons des élevages en production bio, c’est bien le signe que les agriculteurs ne s’en sortent pas. «
« Un soutien qui permet un maintien de la filière »
Côté JA, Étienne Dalibard, éleveur de porcs à Montjean, explique : » Si l’on comprend la volonté de soutien des filières, des prix parfois deux fois supérieurs au conventionnel ne peuvent que nous laisser dubitatifs, tant ils risquent de freiner le développement du marché. » L’enjeu est de s’assurer que cet écart bénéficie réellement aux producteurs. « C’est un soutien qui permet un maintien de la filière, mais les prix élevés qui en découlent bloquent le développement du marché », conclut-il.
Au-delà de la nécessité de préserver une filière aujourd’hui fragilisée, une question doit être posée : comment passer d’une logique de sauvetage de la filière porcine biologique à une véritable logique de conquête ? Comment élargir les débouchés, séduire de nouveaux consommateurs et rendre le porc bio plus accessible, tout en assurant une rémunération réellement satisfaisante aux éleveurs ? C’est à cette condition que la filière pourra dépasser sa logique de maintien pour construire un véritable avenir. Des solutions qui n’ont pas encore été trouvées, ont conclu les différentes parties.